L'expansion du maxillaire ne consiste pas simplement à élargir l'arcade supérieure ou à créer de l'espace pour aligner les dents.
Chez l'enfant en croissance, elle peut représenter un véritable traitement orthopédique, dont l'objectif est de corriger une insuffisance transversale du maxillaire et de favoriser un développement plus harmonieux de l'ensemble du complexe dento-facial.
La largeur du maxillaire influence en effet plusieurs éléments : l'occlusion, la position de la mandibule, l'espace disponible pour la langue, l'éruption des dents permanentes et, chez certains enfants, les dimensions des fosses nasales.
1. Corriger la base squelettique
Chez l'enfant, les deux parties du maxillaire supérieur sont réunies par la suture palatine médiane.
Lorsqu'il existe une véritable insuffisance transversale, l'expansion rapide du maxillaire permet d'agir sur cette structure pendant la croissance afin d'augmenter la largeur de la base osseuse.
L'objectif est d'obtenir autant que possible une correction orthopédique, et non simplement une inclinaison des dents vers l'extérieur.
Cette distinction est importante pour rechercher une correction plus stable et mieux adaptée à la morphologie du patient.
2. Coordonner les deux arcades
Un maxillaire supérieur trop étroit peut entraîner un articulé croisé postérieur, unilatéral ou bilatéral.
Chez certains enfants, la mandibule peut alors se décaler latéralement au moment de la fermeture afin de trouver une position d'occlusion plus confortable.
Corriger précocement cette insuffisance transversale permet de mieux coordonner l'arcade supérieure et l'arcade inférieure et d'éviter que certaines adaptations fonctionnelles ne s'installent pendant la croissance.
3. Donner davantage d'espace à la langue
Un palais très étroit offre moins d'espace à la langue.
Chez certains enfants, celle-ci adopte alors une position basse ou antérieure, parfois associée à une déglutition atypique ou à une respiration buccale.
L'expansion peut contribuer à recréer un espace anatomique plus favorable à une position linguale physiologique.
Lorsque cela est nécessaire, le traitement orthodontique peut être associé à une rééducation oro-myo-fonctionnelle, afin de travailler également la posture de la langue, la déglutition et la respiration.
4. Expansion et respiration nasale
Le palais constitue également le plancher des fosses nasales.
Lorsqu'une expansion squelettique du maxillaire est obtenue, les dimensions transversales de la cavité nasale peuvent également augmenter.
Chez certains enfants, cela peut contribuer à diminuer la résistance au passage de l'air et créer de meilleures conditions anatomiques pour la respiration nasale.
Cela ne signifie cependant pas que l'expansion puisse traiter à elle seule toutes les respirations buccales.
Une obstruction nasale, des allergies, une hypertrophie des végétations ou des amygdales et d'autres facteurs peuvent également intervenir.
Lorsque cela est nécessaire, une prise en charge multidisciplinaire avec le pédiatre, l'ORL ou les spécialistes du sommeil peut être indiquée.
5. Expansion et apnée obstructive du sommeil
Chez certains enfants présentant un maxillaire étroit, la morphologie cranio-faciale peut participer à un environnement anatomique moins favorable au passage de l'air pendant le sommeil.
Certains signes doivent attirer l'attention :
- ronflements réguliers ;
- respiration buccale nocturne ;
- sommeil agité ;
- pauses respiratoires observées ;
- transpiration nocturne ;
- fatigue au réveil ;
- irritabilité ou difficultés de concentration dans la journée.
Chez des enfants correctement sélectionnés présentant une déficience transversale du maxillaire et des troubles respiratoires du sommeil, l'expansion peut faire partie d'une prise en charge globale.
Elle ne constitue cependant pas un traitement systématique ou isolé de l'apnée obstructive du sommeil.
L'objectif de l'orthodontiste est d'identifier un éventuel facteur squelettique contributif et de le corriger lorsqu'une indication orthodontique réelle est présente.
6. Favoriser l'éruption des dents permanentes
L'expansion augmente également la largeur et le périmètre de l'arcade supérieure.
Elle peut ainsi créer davantage d'espace pour l'éruption des dents permanentes et améliorer certaines situations d'encombrement.
Dans certains cas, une meilleure largeur maxillaire peut également créer un environnement plus favorable à l'éruption des canines permanentes.
L'expansion n'est toutefois jamais réalisée uniquement pour « gagner quelques millimètres ».
Elle doit toujours répondre à un diagnostic précis.
7. Profiter du bon moment de croissance
Le moment du traitement est essentiel.
Chez l'enfant, les structures osseuses présentent une meilleure capacité de réponse orthopédique qu'à l'âge adulte.
Intervenir au moment approprié permet donc de profiter de la croissance afin de rechercher une correction plus squelettique et de limiter certaines compensations dentaires.
Il ne s'agit pas de traiter tous les enfants le plus tôt possible.
Il s'agit de savoir observer, anticiper et intervenir au moment où la croissance peut réellement nous aider.
Une vision globale de l'orthodontie
Avant d'indiquer une expansion maxillaire, plusieurs éléments doivent être analysés :
- la largeur réelle du maxillaire ;
- l'occlusion ;
- la position mandibulaire ;
- le stade de croissance ;
- l'espace disponible pour les dents permanentes ;
- la fonction linguale ;
- la respiration ;
- et, lorsque cela est indiqué, les voies aériennes et la qualité du sommeil.
L'objectif final n'est donc pas seulement d'obtenir une arcade plus large.
Il est de créer des conditions aussi favorables que possible pour une croissance dento-faciale harmonieuse, fonctionnelle et stable.

